Une critique du livre paru dans "Le Monde"


La Course au luxe, de Robert H. Frank
Le prix Nobel d'économie (2001) George Akerlof a qualifié ce livre, sous-titré 'L'économie de la cupidité et la psychologie du bonheur' d''une des plus importantes contributions à la science économique de ces dernières années'.

Pour Robert H. Frank, les dépenses de luxe ont un effet négatif sur la société. 'Il y a d'autres manières de dépenser notre temps et notre argent', écrit le professeur à l'université Cornell (Etats-Unis), en commençant par raconter les difficultés qu'il a eu à changer son barbecue, acheté 89,95 dollars ; les modèles proposés coûtaient tous... entre 1 000 et 5 000 dollars.

Pourquoi la 'fièvre du luxe' ? (le titre original du livre est Luxury Fever). Parce que, explique l'auteur, également chroniqueur régulier au New York Times, un certain type de marché s'est considérablement développé sur le modèle du sport et du spectacle. Des écarts de performance minimes s'y traduisent par d'énormes différences en termes de récompense économique. C'est ce que montrait déjà un précédent livre de Frank, écrit en collaboration avec l'économiste Philip Cook : The Winner-Take-All Society (Free Press, 1995), littéralement 'La société où le gagnant rafle la mise'.

La consommation ostentatoire pour les ménages est comme les dépenses militaires pour les Etats, souligne Frank : il faut rester dans la course. Il y a ceux, qui sont en haut du 'totem économique', et les autres. Quand Onassis se faisait construire un yacht de 100 mètres, son rival Niarchos commandait un bateau de 114 mètres. Mais le luxe est relatif. Il est affaire d''écart', écrit l'auteur, qui reprend à son compte le théorème de Mencken : 'L'homme riche est celui qui gagne cent dollars de plus que le mari de sa belle-soeur.'

En ces temps de disette budgétaire, l'ouvrage plaide pour une réforme fiscale. Non pas sous la forme d'une taxe supplémentaire sur le luxe. Mais sous celle d'un impôt progressif sur la consommation de chaque ménage. Ce prélèvement ne tuerait pas l'industrie et il permettrait de dégager des milliards pour l'amélioration de notre qualité de vie. De 'l'argent facile', soutient Frank. Sur le papier, c'est séduisant.

Philippe Arnaud, Le Monde, lundi 27 septembre 2010

Robert H. Frank, La course au luxe. L'économie de la cupidité et la psychologie du bonheur, Traduit de l'anglais par Monique Arav et John Hannon, Editions Markus Haller, Essai, 446 pages. Prix: 28 €

le Jeudi 30 Décembre 2010 à 12:01

L'émission "Du grain à moudre" sur France culture du 13 décembre dernier aborde une question connexe à celle du salaire maximum...


Faut-il instaurer un impôt progressif sur la consommation ?
Si vous hésitez encore pour le cadeau de Noël que vous destinez à votre mari, épouse, compagnon, maîtresse, ou significant other », comme on dit, que diriez-vous d’une voiture ? Oui, je veux parler d’ une de ces voitures de rêve qui feront bisquer les amis, moins gâtés par le Père Noël. Pourquoi pas, par exemple, la Bugatti Veyron ? Certes, son prix a un peu augmenté, cette année, elle est passée à 1 430 000 Euros et de toute façon, il y a une liste d’attente assez longue. Bon, pour les budgets plus modestes, je recommande la Lamborghini Reventon à seulement 1 020 000 Euros. Même à ce prix-là, reconnaissez qu’elle en jette. Il/elle ne s’intéresse pas aux voitures ? Ne quitte Paris qu’en hélicoptère ? Alors, il vous reste les montres. Que diriez-vous, tenez, de la Sky Moon Tourbillon de Patek Philipp. Bon goût, pas bling bling pour deux sous. Un vrai placement. Son fils la revendra dans trente ans pour se payer sa maison de campagne en Toscane. Oui, d’accord, 630 000 Euros, c’est un peu cher pour votre budget. Rabattez-vous plutôt sur la Blancpain 1735. 592 000 Euros seulement, mais même à ce prix-là, elle dénote une grande réussite sociale et lui ouvrira les portes des endroits les plus fermés des capitales.

Si, comme à nous, ces chiffres vous donnent le vertige, s’ils vous exaspèrent, si vous vous demandez quelles sortes de jouissance une micro-classe de super-riches peut bien tirer de la possession de gadgets aussi coûteux, écoutez bien cette émission.

Le grand économiste américain Robert Frank nous a expliqué, il y a quinze ans, dans son livre, « The Winner-Takes-All Society » comment le système de rémunération des vedettes du show-business et du sport spectacle avait progressivement contaminé les échelles de revenus de la plupart des secteurs d’activité.

Aujourd’hui, il revient avec un livre précieux – et une longue interview dans Books – pour nous expliquer pourquoi les dépenses somptuaires des super-riches ont un effet délétère sur le style de consommation et le niveau de vie des classes moyennes.

Invité(s) :
Frederic Bonnevay, économiste, fondateur de « La Coulisse des marchés » (tribune médiatique créée avec le concours du quotidien Les Échos) et expert-associé auprès de l'Institut Montaigne.
Robert Frank, professeur d'Economie à Cornell University
Jacques Le Cacheux, professeur des Universités en économie à l'Université de Pau, chercheur à l'OFCE,
Sandrine Tolotti, rédactrice en chef du Magazine Books

Du Grain à moudre, émission du 13 décembre 2010

le Jeudi 30 Décembre 2010 à 11:54

En 2009, le publicitaire Jacques Séguéla scandalisait en déclarant : « Si à 50 ans, on n’a pas une Rolex, c’est quand même qu’on a raté sa vie. » Il ne faisait pourtant que témoigner de l’influence prise par les habitudes de consommation des plus riches sur les dépenses de tous. Une fièvre du luxe ruineuse, contre laquelle une profonde réforme fiscale s’impose.


"Pour un impôt progressif sur la consommation" Entretien avec Robert Frank
Books. - Vous travaillez sur le boom du luxe, alors même que les revenus de la majorité de la population marquent le pas. Comment ces deux réalités peuvent-elles aller de pair?

Robert Frank - Le paradoxe n'est qu'apparent. Nous avons assisté dans la plupart des pays développés, ces dernières décennies, à un développement substantiel des inégalités, qui a été particulièrement spectaculaire aux États-Unis. Entre 1979 et 2003, les 20% les plus pauvres de la population américaine ont vu leurs revenus progresser de 3,5% seulement sur l'ensemble de la période. Parallèlement, les 20% les plus riches voyaient les leurs augmenter de 45,7% - et les 5% les mieux lotis de 68%. En 1980, les PDG des deux cents plus grandes entreprises américaines gagnaient 42 fois le salaire moyen d'un ouvrier ; en 2000, ils touchaient 500 fois cette somme.

Ce creusement des inégalités, par rapport à la période antérieure, au cours de laquelle tout le monde progressait sensiblement au même rythme, est lié à des transformations en profondeur des règles du jeu économique. En deux mots, nous avons vu se généraliser les « marchés où le gagnant rafle la mise » : ce sont des marchés sur lesquels de faibles écarts de performance suffisent à générer des différences considérables de rémunération?; une poignée d'individus particulièrement talentueux s'y adjuge des rétributions énormes. Au début du siècle, quand l'État de l'Iowa comptait à lui seul plus de 1300 opéras, des milliers de ténors gagnaient modestement mais correctement leur vie en se produisant en public. Depuis que nous écoutons essentiellement de la musique enregistrée, le meilleur ténor du monde peut littéralement être présent partout à la fois, et être rémunéré en conséquence.

Longtemps, ce fonctionnement est resté l'apanage des mondes du sport et de l'art. Mais ces règles du jeu très concurrentielles ont gagné récemment de nombreux secteurs, comme la comptabilité, le droit, le conseil, la médecine, la banque, l'édition, le design... Notamment parce que les nouvelles technologies ont accru la puissance et le champ d'influence des meilleurs.

Ces talents de mieux en mieux rémunérés ont fait comme tout individu qui s'enrichit : ils ont augmenté leur consommation, notamment de ces biens que je définis moins par leur caractère luxueux - la définition du luxe est très circonstancielle - que par leur caractère « positionnel » : ce sont d'abord des indicateurs de standing, des marqueurs de statut social. Et ce nouveau modèle de consommation au sommet s'est répercuté sur l'ensemble de la population, via une véritable « cascade de dépenses ».

Books. - Qu'entendez-vous par «cascade de dépenses» ?

R. Franck. - Les cercles sociaux sont relativement étroits?; les nouvelles habitudes de consommation des plus riches n'ont donc pas modifié directement la consommation de l'ensemble de la population. Ils ont, en revanche, modifié le cadre de référence façonnant les aspirations de la population située juste au-dessous d'eux ; à son tour, celle-ci s'est mise à consommer davantage, bouleversant le cadre de référence des couches sociales immédiatement inférieures, et ainsi de suite tout au long de l'échelle.

Aujour­d'hui, pour prendre un exemple trivial mais évocateur, on trouve aux États-Unis des barbecues à plus de 5000 dollars. Payer un gril une somme pareille aurait été inimaginable il y a seulement vingt ans. Pourtant, le segment des barbecues à plus de 2000 dollars est celui qui progresse le plus sur ce marché. Dans la même veine, si l'on excepte le bref revers subi par le secteur du luxe en 2009, les yachts et les montres Patek Philippe se vendent toujours sur liste d'attente, et les voitures haut de gamme représentent une part croissante du marché automobile américain... D'une manière générale, les dépenses consacrées aux produits de luxe croissent à peu près quatre fois plus vite que les autres.

Et cette fièvre ne touche pas seulement les plus riches. En témoigne notamment l'évolution du confort moyen des logements aux États-Unis : la surface médiane des nouvelles maisons est passée de 480 mètres carrés en 1980 à 610 mètres carrés en 2001, soit une augmentation de 27%, alors que le revenu disponible d'une famille médiane ne progressait que de 15% environ.

Books. - Mais quel est le ressort du phénomène, s'il n'est pas lié à l'enrichissement de la majorité de la population?

R. Franck. - Il tient au fait que les normes de consommation du milieu où l'on vit influencent les biens et services que l'on juge essentiels à son bien-être : la taille minimale d'une maison, pour n'en avoir pas honte, n'est pas la même au Népal, au Japon, en Europe ou aux États-Unis. L'environnement et ses évolutions façonnent le jugement que les gens portent sur leur propre situation, et donc leurs décisions économiques.

Les études d'économie comportementale donnent des résultats très clairs à cet égard : si l'on demande aux gens de choisir entre un monde où ils habitent une maison de 1000 mètres carrés tandis que les autres jouissent de 2000 mètres carrés, et un monde où ils habitent une maison de 800 mètres carrés tandis que les autres n'ont que 600 mètres carrés, la plupart optent pour le second monde, celui où la taille absolue de leur maison est plus petite, mais où sa taille relative est plus grande. Dans ces conditions, le boom de la consommation positionnelle des plus riches provoque une véritable fuite en avant, qui n'est pas sans rappeler la course aux armements entre États. Dès lors que les plus riches achètent des maisons plus grandes, chacun a tendance à acheter une maison plus grande.

Books. - Parce que l'homme est un animal envieux?

R. Franck. - Non, je vois dans ce phénomène l'effet concomitant de l'augmentation des inégalités et de la logique de compétition profondément ancrée en l'homme. L'importance que nous accordons aux biens positionnels relève à mes yeux de deux niveaux d'explication. Premièrement, notre consommation a des conséquences tangibles, dont il est parfaitement légitime de se soucier. Les signaux que chacun envoie à son environnement sur son rang nourrissent ou handicapent très concrètement sa réussite.

Lire la suite de l'entretien sur booksmag.fr

Propos recueillis par Sandrine Tolotti

le Jeudi 30 Décembre 2010 à 11:47

La chronique économique du 28 décembre 2010 de Bénédicte Tassart


Les bonnes idées pour réduire l'écart riches/pauvres
Et aujourd'hui, ce n'est plus un écart, même plus un grand écart : c'est un fossé énorme. Pendant les trente glorieuses, l'enrichissement des français a été collectif, tout le monde a profité de la croissance. Mais, depuis 10 ans, depuis le début des années 2000, on assiste à un enrichissement incroyable des plus fortunés, grâce aux produits financiers et à l'immobilier. Entre 2004 et 2007, les 0, 01% des français les plus riches ont gagné 40% de plus, soit 360.000 euros supplémentaires en moyenne, c'est l'équivalent de 30 ans de S.M.I.C ! 30 ans de S.M.I.C en trois ans. Et le krach boursier que nous venons de subir n'est déjà plus qu'un mauvais souvenir pour eux. Les plus gros patrimoines de notre pays se sont encore engraissés de 20% cette année. Dans un pays où l'on compte 8 millions de pauvres, dans un pays symbole du pacte social, la déchirure fait mal. Car la France n'est pas le pays le plus inégalitaire du monde, loin de là, mais on y tolère moins qu'ailleurs ces écarts de revenus.

Alors, quelles pistes pour tenter de remédier à ce fossé ?

On commence à réfléchir, du moins certains, pas tous. Le silence des plus riches, comme Bernard Arnault, le patron de L.V.M.H, est assourdissant. Mais du côté du patronat, Marc Ladreit de la Charrière, fondateur de Fimalac, veut militer pour un capitalisme de solidarité où les patrons redistribuent une partie de leur bonus. On entend aussi de plus en plus parler d'un revenu maximum, une idée en vogue chez les Verts, notamment, mais pas seulement. Quelques-uns, à l'U.M.P, y réfléchissent. Pourquoi ne pas limiter le salaire des patrons avec un écart de 1 à 20 avec leurs employés ?

Mais en France, on pense toujours que la redistribution par l'impôt est plus efficace que la charité. La fiscalité, vous le savez, c'est l'un des grands chantiers promis par le président de la république pour l'année prochaine. On va voir si Nicolas Sarkozy revient sur le paquet fiscal qu'il a généreusement accordé aux plus aisés en 2007. On va voir ce que devient l'idée d'abandonner l'impôt sur la fortune pour le remplacer par une tranche d'imposition plus élevée. Il y a apparemment urgence !

RTL, 28 décembre 2010

Tags : Tassart
le Mardi 28 Décembre 2010 à 11:10

Créer un "revenu minimum" était le combat des années 1980 ; instituer "un revenu maximum" pourrait bien devenir, à gauche, celui de la décennie à venir.


Le "revenu maximum" fait son chemin à gauche
Alors que la précampagne présidentielle de 2012 est lancée, la répartition des richesses redevient un sujet majeur. De Martine Aubry (PS) à Eva Joly (Europe Ecologie- Les Verts), en passant par Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) ou Olivier Besancenot (NPA), tous cherchent le moyen de réduire les inégalités de salaires et de revenus qui se sont creusées en France ces dix dernières années.

La crise est passée par là. Quand toute l’économie est mise au régime sec, les écarts de rémunérations ne passent plus. "Les niveaux atteints ne parlent plus aux gens. Ils ont l’impression que l’économie perd sa boussole et que la machine est devenue folle", souligne Jérôme Fourquet, directeur de l’institut Ipsos, qui sent monter cette incompréhension dans les études d’opinion.

En librairie, l’ouvrage des sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon "Le Président des riches" (éditions Zones), connaît un franc succès. Plus de 88 000 exemplaires auraient déjà été -vendus. Les actions ludiques lancées par le groupe d’activistes "Sauvons les riches", qui dénonce le mode de vie des plus riches sont regardées avec sympathie. La page Facebook intitulée "Quel montant pour le revenu maximum" connaît une forte consultation.

Les revues militantes s’emparent, elles aussi, du sujet. Le mensuel de sensibilité communiste Regards en fait sa "une" de décembre en demandant "Avons nous besoin des riches ? "

"POINT LIMITE"

L’annonce, la semaine dernière, que le smic ne connaîtrait pas de coup de pouce, a déclenché à gauche une salve d’indignation. Olivier Besancenot a dénoncé un "smic de misère", le comparant aux 3,3 millions d’euros qui seraient la rémunération annuelle moyenne des dirigeants d’entreprises du CAC 40. "200 fois le salaire d’un smicard, c’est édifiant !", s’est-il exclamé. Martine Aubry a enchaîné en notant qu’"il faut qu’un smicard travaille quatre vies pour gagner ce que gagne en un an un patron du CAC 40". "On atteint un point limite de la décence. Il faut que la gauche indique le cap d’une civilisation morale", insiste Patrick Bessac, porte-parole du PCF.

Mais comment faire payer les riches ? Pour certains, ce ne serait qu’une question de "volonté politique". "Il faut reprendre les 10 % de richesse nationale passés de la masse salariale aux plus hauts revenus", exige M. Besancenot qui veut rétablir le taux de 65 % d’imposition pour la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu.

Jean-Luc Mélenchon, député européen du Parti de gauche (PG), affirme qu’au-dessus de 350 000 euros annuels, il "prend tout". Comment ? en prolongeant le barème de l’impôt sur le revenu par la création d’une dizaine de nouvelles tranches dont le taux irait de 40 % à 100 %. "Il ne doit pas y avoir de revenus plus de vingt fois supérieur au salaire médian (1 600 euros en 2010) ", souligne Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche

Les mots changent, les taux varient mais la demande est identique chez les écologistes. Ici, on parle de "revenu maximum fixé à 30 fois le revenu médian". "Personne ne doit gagner plus de 500 000 euros annuels ou 40 000 euros par mois ", précise Pascal Canfin, eurodéputé et conseiller économique d’Europe Ecologie-Les Verts. Cette ponction pourrait passer par trois voies : la fixation par la loi d’un "salaire forfaitaire maximum", la réintégration des revenus du patrimoine dans l’impôt sur le revenu, ou la création d’une tranche pour les revenus de plus 500 000 euros les taxant à "au moins à 70 %".

Le Parti socialiste s’y est mis, lui aussi mais avec plus de précaution. Les propositions contenues dans son texte sur "l’égalité réelle", présenté le 11 décembre, sont encore peu précises. Des pistes cependant existent : réforme de l’impôt sur le revenu, fiscalisation des stock-options au même titre que les salaires, et, surtout, plafonnement des rémunérations qui seraient "comprises dans une échelle de l’ordre de un à 20" dans les entreprises où l’Etat est actionnaire.

TAXATION SUR DIX ANS

Il faudra attendre la campagne des primaires pour savoir où les socialistes situent le curseur. On peut cependant tabler sur une surenchère. Interrogé lors de l’émission "Dimanche Soir politique" (France Inter, iTélé, Le Monde) Arnaud Montebourg a estimé que c’est "aux très grandes fortunes", de payer les conséquences de la crise. Le député de Saône-et-Loire, candidat aux primaires, propose une taxation sur les patrimoines pendant au moins dix ans. Et pour modifier la répartition entre salaires et profits dans l’entreprise, il propose une loi d’indexation des salaires sur la productivité. "C’est cette loi du partage des profits qu’il va falloir que tous les pays européens, sans exception, imposent", estime-t-il.

Sylvia Zappi Article paru dans l’édition du 21.12.10

le Mardi 21 Décembre 2010 à 11:08
Publication du rapport de Proxinvest sur la rémunération des dirigeants des sociétés cotées du SBF 250
Période de reconstruction et d’inquiétude, la saison 2010 des assemblées d’actionnaires présente un tableau plus apaisé sur le front de la question des rémunérations de dirigeants après plusieurs années qui ont vu se creuser un écart préoccupant entre l’entreprise et l’opinion. Mais il est remarquable que les actionnaires, qui dans d’autres domaines ont voulu soutenir les dirigeants dans la crise, ont maintenu leur critique des plans de rémunération proposés en 2010 en rejetant une dizaine de plans collectifs.

Etrangement, la France, qui était il y a quelques années encore en avance sur les questions de gouvernance, est restée à l’écart du débat concernant le vote annuel des actionnaires sur la politique de rémunération, vote aussi appelé « Say on Pay », généralisé au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Suisse, adopté en 2009 en Allemagne et enfin en 2010 en Belgique et aux Etats-Unis par l’importante loi Dodd Frank. La crise semble avoir eu raison de nombreux abus comme de leurs critiques les plus virulents, mais les actionnaires des sociétés françaises restent vigilants comme le démontrent les statistiques 2010 de vote aux assemblées générales.

Deux dossiers illustrent ce recul du débat public sur les rémunérations en 2010 : celui de la Société Générale, dont les retraites et indemnités de départ des dirigeants, et au premier chef le PDG Frédéric Oudéa, auront été silencieusement mais fortement critiquées. Le second dossier, à peine entendu, fut celui de Renault qui a tardivement avoué, en juin 2010, la rémunération complémentaire considérable de son Président, Carlos Ghosn, chez Nissan Motors - environ 8 M€ - alors que le rapport Renault n’avouait que 1,2 M€. Ce sont aussi, là encore, deux nouvelles démonstrations que les recommandations de modération et d’autorégulation du patronat ne règlent pas le problème et que peut-être seul l’arbitrage des actionnaires est en mesure de contenir les excès.

Pour les premiers dirigeants du CAC 40, la rémunération totale moyenne baisse de 14%, de 20% à échantillon constant avec une médiane stable, ceci après deux années de baisse moyenne plus fortes de 25% en 2008 et 17% en 2007, tandis que les autres dirigeants du SBF 120 ont vu, eux, leur rémunération baisser de 14% en 2009 contre 17% en 2008.

Toutefois la part salariale progresse de 5% au niveau du CAC 40 et stagne au niveau du SBF 120, et c’est sans surprise la part actionnariale, c’est-à-dire la dotation d’options et d’actions gratuites, qui se réduit en moyenne de 46% et explique l’essentiel de la baisse. L’AMF relève, d’ailleurs, en juillet 2010 que 21 sociétés sur les 56 disposant d’une politique d’attribution d’options ou d’actions n’ont procédé à aucune attribution à leurs dirigeants au titre de l’exercice 2009, et 50% seulement des sociétés observées ont accordé de nouvelles actions gratuites ou options en 2009 contre 63% en 2008.

La part salariale fixe, variable et « accessoire » dans le total perçu par les présidents exécutifs se renforce donc encore pour le CAC 40 : de 54% en 2007 à 61% en 2008 puis 76% pour 2009, et pour le SBF 120 (hors CAC 40) de 56 % en 2007 à 64% en 2008 puis 72% en 2009, puisque les bonus qui avaient baissé de 26% en 2008 ont cru en moyenne de 13% pour le CAC 40 et beaucoup moins pour les moindres capitalisations. A échantillon constant, cette part variable croît à 35% du total perçu alors que la part fixe qui, malgré un montant absolu quasi-constant, prend elle aussi une part encore plus forte du total - passant de 24% à 30% - aux dépens de la part des incitations à long terme.

En ce qui concerne les rémunérations des présidents exécutifs du SBF 120 versées en période de crise, la formule 30-35-35 fait place à une formule proche de 35-40-25 soit environ 35% de fixe, 40% de prime et 25% d’incitation actionnariale à long terme.

Pour 2009, les patrons exécutifs du CAC 40 ont donc perçu un total moyen de 3,1 M€ contre 3,6 M€ en 2008 et 4,7 M€ en 2007 : ce montant moyen n’excède donc plus notre plafond Proxinvest du socialement acceptable de 240 fois le SMIC (4,3 M€) et se compare à un total perçu par les autres premiers dirigeants de l’indice SBF 120 hors CAC 40 à 1,6 M€ (contre 1,8 M€ en 2007). L’écart avec la moyenne perçue par les autres dirigeants du SBF 250 est notable : un dirigeant du CAC 40 gagne encore presque cinq fois le montant reçu par un patron des 130 dernières capitalisations de l’indice : la pente reste impressionnante.

Préoccupation des investisseurs reprise par l’AMF, la rémunération des présidents non exécutifs, les « chairmen », échappe toujours au contrôle de l’assemblée générale. Ces rémunérations d’administrateur à caractère exceptionnel demeurent parmi les plus élevées en Europe avec 928 000 € pour le CAC 40 en 2009, juste après leurs voisins latins : selon nos observations en 2008, les présidents français reçoivent quatre fois plus que leurs homologues allemands et néerlandais. A contrario, les administrateurs français du CAC 40, avec chacun 71 177 € en moyenne et 54 904 € en médiane, ressortent moins bien lotis que leur président et moins rémunérés que leurs homologues européens et se situent au douzième rang des rémunérations sur les seize pays que comprend l’étude 2008 des 300 premières capitalisations européennes (indice FTSE Eurofirst 300). Il serait de meilleure pratique que, à l’instar de tous ses collègues administrateurs non-exécutifs, le Président d’un conseil d’administration français ne se voit rémunérer qu’en jetons de présence, autorisés par l’assemblée générale au regard de l’article L.225-45 du Code de Commerce) et le législateur serait donc bien inspiré de revoir l’article L225-47 al.1 sur lequel se fonde les grandes sociétés françaises pour justifier l’absence de vote sur le sujet.

Les équipes dirigeantes dans leur ensemble (comités exécutifs, directoires…) voient une évolution contrastée : au niveau du CAC 40, c’est encore une baisse de 20% en 2009 de leur rémunération totale après la baisse de 14% en 2008, soit un total réduit à 1,4 M€ dont environ 1,1 M€ de part salariale et environ 400 000 € d’actionnarial tandis que les 80 autres sociétés de l’indice SBF 120 connaissent une baisse de 11%, après -17% en 2008, avec des chiffres évidemment plus modestes d’environ 600 000 € de part salariale et 200 000 € d’actionnarial.

Les critères de performance, mieux renseignés et donc mieux analysés dans le présent rapport, se sont généralisés sur les plans actionnariaux avec une répartition très nette de ces derniers : critères comptables internes pour les bonus annuels d’une part et critères externes de performance boursière pour les plans actionnariaux d’autre part. Comme les années précédentes, la transparence progresse donc mais la responsabilité régresse.

Alors que tous les pays, dont les Etats-Unis, ont, soit par la loi soit par le code de bonne gouvernance, adopté le principe de mise au vote annuel de la politique de rémunération, la France se refuse à soumettre les rémunérations des dirigeants à l’approbation de l’assemblée et au premier chef les rémunérations des présidents non exécutifs qui échappent ainsi à tout contrôle, au mépris de la loi. Le rejet en 2009 par les conseils d’administration de Total, Sanofi-Aventis, Cap Gemini, et cette année de Société Générale, de résolutions externes de très grands actionnaires demeure à nos yeux une violation de la loi et de la hiérarchie normale des contrôles.

Le second point d’importance concerne la transparence nécessaire des retraites chapeau relevée justement par le rapport de l’AMF sur l’application des recommandations AFEP/MEDEF. Proxinvest et ses collègues de l’European Corporate Governance Service (ECGS) sont donc conduits à rejeter tout plan de retraite sur-complémentaire présenté au vote qui serait mal documenté ou qui excéderait le plafond de 20% de la rémunération salariale moyenne au cours des trois dernières années. Il conviendrait également d’obliger les sociétés à communiquer le coût individuel annuel de cet élément de rémunération différée.

Le troisième point prioritaire pour Proxinvest est la meilleure lisibilité des critères de performance applicables aux bonus et aux plans actionnariaux : trop souvent les critères ne sont aucunement communiqués ou ne le sont que partiellement. On ne peut pas suivre l'AMF lorsqu’elle admet complaisamment la pleine recevabilité de critères de performance qualitatifs, « tout à fait légitimes », même s'ils restent confidentiels, pour la détermination de la partie variable de la rémunération. Proxinvest rejettera tout plan actionnarial n’offrant pas des critères de performance lisibles et mesurés sur long terme (minimum trois ans).

Pour 2011, Proxinvest et ses partenaires de l’ECGS ont défini leur politique de vote sur le contrôle des rémunérations et appellent le législateur ou l’AFEP-MEDEF à veiller à l’introduction d’un vote annuel sur la politique de rémunération en France afin de rendre les administrateurs plus responsables dans la définition de la politique de rémunération.

Paris, le 14 décembre 2010

le Mardi 14 Décembre 2010 à 21:26

Mission accomplie pour les jeunes socialistes suisses


Initiative 1:12 récoltée!
Mission accomplie! La JS a récolté plus de 125'000 signatures pour l'initiative 1:12 l'année passée. Ainsi, nous avons bouclé l'initiative en 13 mois seulement. Un grand merci à tous et toutes nos militant-e-s en toute la Suisse ! Nous remercions également de tout cœur nos organisations partenaires : le PS, les Verts et les jeunes vert-e-s et les syndicats de l'USS.

Notre initiative 1:12 est aujourd'hui plus importante que jamais. Car les managers continuent comme si de rien n'était : Le Crédit Suisse vient d'annoncer une perte de plusieurs millions - et en même temps ils ont encore augmenté les bonus des managers. Ceux et celles qui payent pour ça sont les travailleurs et travailleuses normaux/normales : Ce que se servent les profiteurs, manque à tout les autres.

L'initiative 1:12 est la seule réponse aux arnaqueurs. Et ce sont plus de deux milles jeunes qui ont tout donné pendant une année parce qu'ils et elles sont persuadé-e-s qu'ensemble nous pouvons faire bouger tout et qu'ensemble nous allons lutter par la suite. Les arnaqueurs dans ce pays doivent profiter de leur dernier hiver au chaud !

Nous aimerions fêter ce succès: Suite à l'Assemblée des Délégué-e-s le 13 novembre à Bienne aura lieu la fête finale de l'1 :12. Tous et toutes sont cordialement invité-e-s.

Source

Tags : suisse
le Vendredi 3 Décembre 2010 à 17:42

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