Pour qui veut saisir la nécessité d'un revenu maximum dans un contexte social et écologique plus large doit absolument lire le livre d'Hervé Kempf !


Classe de loisir, Veblen et consommation ostentatoire
La France n’est pas la seule à choyer ses patrons. En 2005, selon une étude de Standard and Poor, la rémunération moyenne des PDG des 500 plus grandes firmes des Etats-Unis s’élève à 430 fois celle du travailleur moyen – dix fois plus qu’en 1980. (p 59)

Entre 1995 et 2005, le revenu tiré des dividendes a crû de 52% en France, selon une enquête de l’hebdomadaire Marianne ; dans le même temps, le salaire médian a augmenté de 7,8% soit sept fois moins. (p 61)

La seule solution pour que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle – et donc le revenu – de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi, pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de ce sacripant excentrique de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son revenu est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. (p 91)

En hommage à tonton Marcel (Dassault et son « café du commerce »), il faut juste diviser la fortune des milliardaires par cent ou par mille, et instaurer un indispensable RMA (revenu maximal admissible). (p 121)

Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Paris, Le Seuil, 2007
Rédigé par le Mercredi 27 Janvier 2010 à 13:59

Je vous propose trois passages éclairants du dernier et roboratif livre de Daniel Cohen, "La Prospérité du vice. Une introduction (inquiète) à l’économie". A méditer...


Salaire des dirigeants d'entreprise et
« On peut caractériser l’attitude des dirigeants des établissements financiers comme traduisant un comportement « panglossien » pour reprendre une formule de Paul Krugman. Pangloss, le héros de Voltaire, croit voir partout le « meilleur des mondes possibles ». Le trader fait pareil. Il ne voit que le bon côté des choses, il ignore le risque, non par myopie mais rationnellement, parce que le principe de rémunération est asymétrique. S’il gagne, il gagne tout, et s’il perd, il perd éventuellement son emploi, peut-être même sa carrière, mais sa perte ne sera jamais proportionné à celles qu’il a fait subir aux autres. » (p 254-255)

« La crise des subprimes a mis en relief certains traits aberrants du capitalisme contemporain. Les salaires des patrons, payés comme des rock stars, les prises de risque insensées dues au comportement panglossien des dirigeants…. Il ne fait désormais aucun doute aux yeux de la plupart des commentateurs que « l’empire du greed (cupidité) » doit être policé. » (p 263)

« Tel est le modèle de rémunération dans les industries créatives aujourd’hui. Les artistes vivent misérablement, sauf les stars. Et tout le monde l’accepte, car tout artiste aspire à devenir une star. Le star-system est un modèle où le winner takes all, où le « gagnant prend tout ». Il explique pourquoi les patrons, vivant dans le monde des marques et de la notoriété, trouvent « juste » que leurs salaires soient fixés selon les mêmes règles, oubliant au passage ce que disait en son temps le banquier John Pierpont Morgan, selon lequel une entreprise où le PDG gagne plus de vingt fois le salaire de ses employés ne peut pas bien fonctionner. Or la rémunération d’un dirigeant vaut aujourd’hui deux cents fois environ le revenu de ses employés… » (p 272)

Daniel Cohen, La Prospérité du vice. Une introduction (inquiète) à l’économie, Paris, Albin Michel, 2009
Rédigé par le Vendredi 1 Janvier 2010 à 15:04

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