Petits patrons contre cadors du CAC
C’est drôle comme les très grands patrons avaient des journées chargées hier : pas une minute pour donner son avis sur le plafonnement des rémunérations. Même les communicants étaient aux abonnés absents. «Heu... globalement, ce n’est pas un sujet que je lui conseillerais de commenter», notait l’un d’eux. Après tout, ceux-là ne sont pas plus de 40. Pour les autres, les patrons de petites et moyennes entreprises, il semble y avoir unanimité. «On ne peut pas le nier : il y a des salaires indécents dans ce pays au sommet des grandes entreprises et ce n’est pas bon pour l’image des patrons. Comment voulez-vous être audible, donner l’exemple, quand vous êtes dans un rapport de 1 à 100, voire bien plus avec le salaire minimum ?» s’insurge Gontran Lejeune qui a présidé le Centre des jeunes dirigeants (CJD) de 2008 à 2010 et pilote aujourd’hui un cabinet de consultants.L’organisation patronale, qui joue les franc-tireurs à la gauche du Medef, propose carrément de plafonner le salaire des patrons dans un rapport de 1 à 20 «bonus et stock-options comprises», précise son actuel patron, Michel Meunier.
Cette proposition qui fait écho à celle des syndicats et du PS reviendrait à instaurer un salaire maximum de 355 000 euros par an (13e mois inclus) en se basant sur le smic. «A plus de 25 000 euros par mois, on vit très bien. Le salaire moyen des patrons de PME en France c’est 4 400 euros bruts. Autant dire que l’on ne se sent pas concernés par la polémique sur les supersalaires», assène Meunier qui dirige aussi Vigimark, société spécialisée dans la sécurité aéroportuaire.
Il y a un monde entre ces petits patrons et les gros mandataires sociaux qui émargent à plus de 2 millions d’euros par an, hors attribution d’actions. Les TPE et PME c’est 60% du PIB, 80% de la création d’emploi et 63% de l’emploi salariés en France, rappelle le CJD. «Le CAC 40 ce sont surtout des délocalisations et des milliers d’emploi détruits chaque année en France», tacle Michel Meunier. Alors «si des actionnaires financiers veulent s’offrir une superstar et la payer comme un joueur de foot, qu’ils le fassent..mais sur leurs deniers. Pas sur les fonds des grandes entreprises», renchérit Lejeune. Un discours qui ne déplairait pas à Mélenchon. «C’est vrai que notre position est très ambiguë au Medef, dit Stephan Brousse, président du Medef en Paca. Pour les dirigeants d’entreprises publiques, un plafonnement ne me choque pas. Pour les autres, l’Etat doit être là pour désamorcer les comportements abusifs et donc encourager les entreprises à adopter des codes de bonne conduite. Mais s’il commence à exiger des conseils d’administration qu’ils n’augmentent pas les salaires des patrons, cela va complètement enrayer la machine économique ! Ça peut tuer la prise de risques !»
Une menace qui ne fait ni chaud ni froid à Gontran Lejeune : «On nous dit : si on ne paie pas les grands patrons comme leurs homologues étrangers, ils vont partir. Mais, après tout, qu’ils partent ! Nous ne manquons pas de talents pour les remplacer.» Précisément, existe-t-il un marché international du patron pour les cadors du CAC ? «Oui, pas énorme mais ça commence à venir, explique Alain Roca, du cabinet de chasseurs de tête Transearch International. Le patron de SFR, par exemple, est un allemand. Et l’on a vu récemment un des directeurs d’Alstom passer chez le sud-africain De Beers. C’est sans doute le résultat des premiers Erasmus, moteur extraordinaire à l’internationalisation. Cela dit, arrivé à un certain niveau de responsabilités, l’argent n’est pas le moteur.» Chiche !
JEAN-CHRISTOPHE FÉRAUD, ALEXANDRA SCHWARTZBROD, Libération, 23 juin 2011
Cette proposition qui fait écho à celle des syndicats et du PS reviendrait à instaurer un salaire maximum de 355 000 euros par an (13e mois inclus) en se basant sur le smic. «A plus de 25 000 euros par mois, on vit très bien. Le salaire moyen des patrons de PME en France c’est 4 400 euros bruts. Autant dire que l’on ne se sent pas concernés par la polémique sur les supersalaires», assène Meunier qui dirige aussi Vigimark, société spécialisée dans la sécurité aéroportuaire.
Il y a un monde entre ces petits patrons et les gros mandataires sociaux qui émargent à plus de 2 millions d’euros par an, hors attribution d’actions. Les TPE et PME c’est 60% du PIB, 80% de la création d’emploi et 63% de l’emploi salariés en France, rappelle le CJD. «Le CAC 40 ce sont surtout des délocalisations et des milliers d’emploi détruits chaque année en France», tacle Michel Meunier. Alors «si des actionnaires financiers veulent s’offrir une superstar et la payer comme un joueur de foot, qu’ils le fassent..mais sur leurs deniers. Pas sur les fonds des grandes entreprises», renchérit Lejeune. Un discours qui ne déplairait pas à Mélenchon. «C’est vrai que notre position est très ambiguë au Medef, dit Stephan Brousse, président du Medef en Paca. Pour les dirigeants d’entreprises publiques, un plafonnement ne me choque pas. Pour les autres, l’Etat doit être là pour désamorcer les comportements abusifs et donc encourager les entreprises à adopter des codes de bonne conduite. Mais s’il commence à exiger des conseils d’administration qu’ils n’augmentent pas les salaires des patrons, cela va complètement enrayer la machine économique ! Ça peut tuer la prise de risques !»
Une menace qui ne fait ni chaud ni froid à Gontran Lejeune : «On nous dit : si on ne paie pas les grands patrons comme leurs homologues étrangers, ils vont partir. Mais, après tout, qu’ils partent ! Nous ne manquons pas de talents pour les remplacer.» Précisément, existe-t-il un marché international du patron pour les cadors du CAC ? «Oui, pas énorme mais ça commence à venir, explique Alain Roca, du cabinet de chasseurs de tête Transearch International. Le patron de SFR, par exemple, est un allemand. Et l’on a vu récemment un des directeurs d’Alstom passer chez le sud-africain De Beers. C’est sans doute le résultat des premiers Erasmus, moteur extraordinaire à l’internationalisation. Cela dit, arrivé à un certain niveau de responsabilités, l’argent n’est pas le moteur.» Chiche !
JEAN-CHRISTOPHE FÉRAUD, ALEXANDRA SCHWARTZBROD, Libération, 23 juin 2011
Rédigé par Jean-Philippe Huelin le Lundi 25 Juillet 2011 à 14:15
Rubriques
allemagne
altermondialisme
Andrew Simms
ariès
askenazy
attac
Aubry
Bayrou
besancenot
bronnec
caillé
Camdessus
Canada
Candar
Castel
CJD
Coutrot
Duflot
Duval
décence
décroissance
dépenses somptuaires
EELV
EMR
etats-unis
europe
Fillon
fourchette
france
Front de gauche
Félix Adler
gadrey
grands patrons
généreux
Harribey
hauts salaires
histoire
Hollande
houillon
Hue
huelin
impôt confiscatoire
impôt progressif sur la conso
INSEE
inégalités
IR
IS
Joly
Karima Delli
kempf
Landais
Le Pen
llense
marchais
maris
Mauduit
Mauss
medef
MoDem
Montebourg
morale
Moscovici
Mélenchon
NPA
obama
Parlement européen
parti de gauche
Pater
pays-bas
pc
piketty
Pizzigati
PME
Poulin-Litvak
propositions
proxinvest
PS
ramaux
raveaud
revenu universel
revue
riches
rma
Robert Franck
roosevelt
Roumanie
Royaume-Uni
Sandrier
Sarkozy
SMIC
sondage
suisse
Tassart
traders
ump
utopia
Veblen
viveret
écologie
économie sociale et solidaire
Liste de liens
Dernières notes
Archives

