Jean-Claude Sandrier, député communiste du Cher, estime que le revenu maximal est non seulement une mesure de justice sociale, mais également d’efficacité économique.


Jean-Claude Sandrier« Rompre avec ce qui s’apparente à un détournement de richesses »
Les élus communistes sont-ils favorables à l’instauration d’un revenu maximal ?

Jean-Claude Sandrier. Nous y sommes favorables pour trois raisons majeures qui tiennent à la justice sociale, à l’efficacité économique, mais aussi à la morale tout simplement. En trente ans, l’écart des revenus entre les salariés des entreprises du CAC 40 et leurs grands patrons est passé de 1 à 40 à 1 à 250, voire 1 à 300. Rien ne justifie une telle dérive, qu’on peut apparenter à un détournement de richesses. Dans notre proposition de loi défendue le 2 décembre dernier à l’Assemblée nationale, nous avons inclus une échelle limitant cet écart à 1 à 20.

Pourquoi faut-il plafonner les hauts revenus, est-ce utile pour les entreprises ?

Jean-Claude Sandrier. Comment comprendre que les revenus de certains explosent, bénéficient d’énormes cadeaux fiscaux pendant qu’on demande à l’ensemble 
des salariés de se serrer la ceinture, 
de ne pas revendiquer de hausse de salaires au prétexte de préserver 
la compétitivité de l’entreprise ? C’est intenable. De plus, notre proposition n’est pas seulement un plafonnement, elle lie en réalité les salaires entre eux. Ainsi, un PDG qui s’augmente, augmentera automatiquement les salaires les plus bas pour respecter l’échelle de 1 à 20. Mesure sociale, donc, mais aussi efficace économiquement car elle permettra de maintenir dans l’entreprise une masse d’argent importante que les grands patrons s’octroient et utilisent ensuite pour aller spéculer sur les marchés financiers ou les détourner dans les paradis fiscaux.

Ce revenu maximal est-il 
une façon de répartir les richesses ?

Jean-Claude Sandrier. Absolument. En dix ans, le niveau des dividendes dans les entreprises, l’accroissement des rémunérations exceptionnelles des grands patrons et les intérêts versés aux banques sont passés de 25 % de la valeur ajoutée créée dans les entreprises à 36 % aujourd’hui. Répartir autrement cette richesse est non seulement une mesure de salubrité publique, mais c’est aussi une mesure indispensable si on veut se donner les moyens d’investir dans l’emploi ou la formation.

Peut-il freiner cette folie financière ?

Jean-Claude Sandrier. Cette mesure seule n’est évidemment pas suffisante. Nous ne pouvons pas la séparer de toutes les autres incluses dans notre proposition de loi. Celle-ci constitue un ensemble cohérent liant de façon étroite justice fiscale pour nos concitoyens avec une autre répartition des richesses qui permette de favoriser l’investissement dans l’économie réelle, c’est-à-dire l’emploi, la formation, les salaires et la protection sociale, en taxant l’argent qui va vers les marchés financiers et la spéculation. Il est aujourd’hui urgent de rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail.

Entretien réalisé par Mina Kaci

Tags : Sandrier
le Jeudi 13 Janvier 2011 à 13:34 | Commentaires (0)

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