Josef Zisyadis est député socialiste suisse. Il a proposé d'instaurer le salaire maximum dans la Confédération helvétique...et bancaire !


Match salaire minimum-maximum: 1 à 400 !
Mon initiative parlementaire a été refusée hier au Parlement fédéral par 117 voix contre 56. Bon, vous ne trouverez rien dans la presse romande (ou presque), il vous faudrait lire la presse alémanique qui est plus correcte… C’est ainsi… depuis longtemps…

Mon initiative parlementaire pouvait sembler totalement utopique, mais elle était l’occasion de lancer un débat qui fait rage dans toutes les couches de la société.

La question philosophique de fond est celle de savoir, dans une société qui se veut démocratique, quel est l’éventail moralement acceptable entre le plus bas salaire et le plus haut salaire. Au début du XXe siècle, les libéraux américains estimaient que le maximum de différence admissible entre le plus bas et le plus haut salaire était de 1 à 20. En 2005, les dernières statistiques américaines chiffrent cette différence, cette inégalité, à un rapport de 1 à 435.

Si je prends l’exemple des revenus de Monsieur Ospel (le big boss de l’UBS…): entre la femme de ménage à 25 francs de l’heure et ses 10 000 francs de l’heure, la différence est de 1 à 400.

Juste un exemple récent: 280 000 millions de francs chacun, c’est le montant que peuvent encaisser six membres de la direction du Crédit suisse avec le fameux plan PIP (Performance Incentive Plan) pour la période 2004/05. Voilà des revenus qui dépassent l’entendement du simple citoyen !

Au-delà d’un certain seuil, les inégalités de revenus et de fortune sont des incitations à la délinquance. Les hauts salaires ne récompensent à ce stade plus rien, pas même les valeurs conservatrices comme l’effort, le mérite et le travail…

Quand la fortune des 225 personnes les plus riches du monde est égale au revenu de 2,5 milliards d’êtres humains, nous avons le cocktail le plus explosif de l’humiliation et de la misère, ce qui constitue vraisemblablement le réservoir de choix pour les fondamentalismes et les intégrismes de tous genres.

On pourrait dire que les salaires fous rendent fou. C’est pour cela que cette question ne touche pas seulement à la justice sociale et l’ordre public, mais aussi la politique de la santé. Tout simplement: au-delà d’un certain niveau de fortune, les riches sont atteints d’un phénomène psychique que connaissent bien les personnes qui travaillent dans le domaine des psychoses maniacodépressives, lesquelles peuvent conduire à des mises sous tutelle ou sous curatelle des personnes étant incapables de traiter rationnellement leur argent.

Les chroniques “people”, d’ailleurs, raffolent de ce genre de situations: elles font souvent état de managers qui sont entraînés dans un délire financier et y entraînent leur propre entreprise.

Bref, mon initiative parlementaire demandait: 1. que l’on instaure en Suisse un salaire minimum de 3500 francs 2. que l’on fixe la norme minimale acceptable pour le salaire maximum. Personnellement, je l’ai fixée à dix fois le SMIG, 35 000 francs 3. que l’on lie le SMIG et le revenu maximum acceptable, c’est-à-dire qu’en cas d’indexation, on maintienne cet écart d’inégalité… 4. que tout revenu supérieur à ce plafond soit versé dans un impôt fédéral sur la fortune.

Cela vous étonne que la droite refuse ?

Article du 7 mars 2007

Retrouver son blog : http://zisyadis.ch

Le texte de son initiative parlementaire :
http://www.parlament.ch/F/Suche/Pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20050425

Le procès-verbal :
http://www.parlament.ch/ab/frameset/f/n/4716/238036/f_n_4716_238036_238278.htm

Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2009 à 03:53

Partageons déjà un constat : dans notre société riche jusqu’à l’obésité, l’existence d’îlots de pauvreté n’est pas seulement inacceptable - aucune pauvreté n’est acceptable - elle est surtout aberrante. Lorsque les « grands » patrons français gagnent l’équivalent de 300 SMIC par mois et côtoient les 4 millions de français (sur)vivant aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, la nécessité d’un rééquilibrage est-elle encore à démontrer ? C’est pourquoi on adhèrera sans peine à cette affirmation avancée par les signataires de la motion du PPLD « en avant la décroissance ! » [1] : « la première décroissance que nous voulons, c’est celle des inégalités ».


Revenu maximum autorisé ou revenu inconditionnel de citoyenneté ? par Baptiste Mylonda
Cette position de principe étant revendiquée, reste à la mettre en pratique et à trouver sa traduction politique. Le problème est loin d’être insoluble. Les richesses sont là, il ne nous reste qu’à les répartir équitablement... Dans l’optique de décroissance qui est la nôtre, deux options semblent envisageables pour amorcer cette juste répartition : un « revenu maximum autorisé », ou un « revenu inconditionnel de citoyenneté ».

La proposition de « revenu maximum autorisé » consiste à plafonner progressivement les revenus à hauteur de trois SMIC. Une révolution en somme, aisément réalisable sur le plan fiscal, et qui entraînerait sans doute une redistribution des revenus en direction des bas salaires. L’idée de « revenu de citoyenneté » consiste quant à elle à verser sans condition ni contrepartie, un revenu très modeste mais suffisant - c’est-à-dire permettant de se passer de tout revenu d’activité - à chaque citoyen.

Les deux mesures s’appuient donc sur une redistribution verticale des richesses - des riches vers les pauvres - mais se distinguent notamment par le mode de répartition choisi. Répartition par les salaires d’activité pour l’une, répartition par un salaire social pour l’autre. Le choix du mode de répartition est en fait lourd de sens. Ainsi, en confirmant le rôle du travail comme principal vecteur de la répartition des richesses - le travail demeure la source quasi-exclusive de revenu - le « revenu maximum autorisé » confirme la place exubérante et la valeur absurde accordée aujourd’hui au travail alors même que la décroissance implique une critique globale de la « spirale consommation - croissance - travail ». A l’inverse, en s’appuyant sur une déconnection entre revenu et travail, le « revenu de citoyenneté » appelle une remise en cause de la place du travail dans la société et une critique concomitante de celle de la consommation [2]. Sur ce point, le revenu de citoyenneté semble donc davantage en adéquation avec une logique de décroissance.

Mais revenons à la question de l’inégalité à laquelle « revenu maximum autorisé » et « revenu inconditionnel de citoyenneté » entendent apporter une réponse. Après tout, l’inégalité des revenus est-elle choquante en soi ? Non. Bien sûr, elle est scandaleuse dès que certains vivent dans le besoin, mais l’est-elle encore si chacun dispose d’un revenu suffisant ? D’ailleurs, peut-on raisonnablement envisager un idéal égalitaire où chacun disposerait d’un revenu identique à celui des autres ? Ce serait sans doute oublier que la justice n’est pas dans l’égalité mais bien dans l’équité. « Chacun selon ses besoins », voilà un objectif répondant à l’impératif de justice sociale.

Dès lors, peu importe que certains gagnent des millions pour se prélasser sur leur yacht si ceux - dont je suis - qui pour se divertir préfèrent la belote, disposent des ressources suffisantes pour se livrer à leur activité préférée. On voit bien, à travers cet exemple trivial, que les réponses apportées par chacun à ses propres besoins peuvent impliquer des dépenses et donc des niveaux de revenu variables... Les inégalités de revenu trouvent ici une justification voire une certaine légitimité. Ces inégalités sont-elles injustes pour autant ? Sans doute pas, du moins ne semblent-elles pas iniques dès lors, insistons sur ce point, que l’accès de tous aux biens et services essentiels est garanti.

Finalement, revenu maximum autorisé ou revenu inconditionnel de citoyenneté ? Posons autrement la question : faut-il imposer aux plus riches un niveau de vie maximum ou garantir à tous un niveau de vie minimum ? La réponse est évidente et plaide sans conteste en faveur du revenu de citoyenneté même si, au final, les deux mesures auraient vraisemblablement un impact comparable en terme de répartition des revenus. Mais là n’est pas l’essentiel car, au-delà de cet arbitrage, le choix entre « revenu maximum autorisé » et « revenu inconditionnel de citoyenneté » appelle deux questionnements de fond sur le discours et la démarche politique des objecteurs de croissance.

Sur le discours d’abord. Le « revenu maximum autorisé » s’inscrit dans un ensemble de propositions détaillées dans la motion « en avant la décroissance ! ». Parmi les dix idées-forces avancées, notons ici, outre le RMA, l’interdiction des sports et loisirs motorisés ainsi que l’interdiction de posséder plus de deux logements. Joli programme ! Là où le Petit Nicolas transpose le rêve américain en nous promettant de faire de la France le pays où tout est possible, les objecteurs de croissance ne semblent promettre qu’interdiction, restriction et prohibition. Nos détracteurs n’en demandent pas tant !

Entendons-nous bien, il n’est pas interdit d’interdire. On aurait même tort de s’en priver concernant toutes les activités et pratiques entraînant des dommages irréversibles pour la société ou l’environnement. Il n’est pas interdit d’interdire donc, mais en l’occurrence est-ce bien pertinent ? De telles mesures sont-elles vraiment opportunes dans le cadre d’une politique des loisirs ou du logement ? Pire, sont-elles seulement lisibles et recevable par l’opinion publique ?

Pour ce qui est de leur lisibilité, on peut sérieusement en douter. Non, limiter le nombre de logements par ménages ne constitue pas une politique du logement digne de ce nom. De fait, comme il est préférable de garantir à tous un niveau de vie minimum plutôt que de plafonner les revenus, il serait plus cohérent, plutôt que d’interdire la possession de plus de deux logements par ménages, de s’assurer que chaque ménage dispose d’au moins un logement décent ! Dans cette optique, le plafonnement des loyers, la réquisition des logements inoccupés et le renforcement des mesures fiscales taxant davantage les résidences secondaires afin de financer le développement d’un réel service public du logement, semblent bien plus lisibles et pertinents qu’une simple interdiction.

Pour ce qui est de la recevabilité par l’opinion publique, le cœur du problème réside dans les tensions qui opposent l’interdiction ou la réglementation au nom de l’intérêt général, et le choix d’une liberté sans bornes au péril de la société. Des tensions au cœur de tout projet politique mais qu’il faut dépasser si l’on souhaite atteindre un consensus démocratique. Par la radicalité qu’elle suppose, la critique de la croissance se heurte inévitablement à cette exigence démocratique. Les objecteurs de croissance doivent donc trouver une voie médiane.

Au nom de la préservation de l’environnement, faudrait-il par exemple interdire la consommation de bananes en France métropolitaine ? Certainement pas ! Il est urgent en revanche de répercuter les coûts cachés de nos modes de vie par le biais d’une taxe écologique pouvant financer la recherche de sources d’énergie de substitution. Voilà la voie médiane. A l’interdiction, préférons la répercussion systématique du coût des réparations que le caractère parfois nocif de nos modes de vie et de consommation nécessite. A ce titre, le principe de gratuité de l’usage et de cherté du mésusage, suggéré par Paul Ariès [3], répond bien à cet objectif. Outre l’impact désincitatif à l’égard du mésusage, cette logique présente l’avantage de préserver la liberté de chacun et l’intérêt de tous.

La question du partage du travail nous offre un parallèle instructif. Toujours dans notre optique de décroissance, faut-il opter pour une réduction drastique du temps de travail légal ou favoriser l’entrée dans une société du temps de travail choisi ? On voit aujourd’hui que l’accueil mitigé des 35h par les patrons comme les salariés soulève cette question avec d’autant plus d’acuité. Après tout, si certains préfèrent travailler plus pour gagner plus, pourquoi les en empêcher dès lors qu’ils acceptent, au nom du « vivre ensemble », de partager avec l’ensemble des citoyens une part des revenus tirés du travail qu’ils monopolisent dans un contexte de rareté de l’emploi ?

On en arrive finalement à cette question de fond : quel doit être l’objectif d’une politique ? S’agit-il de conformer le mode de vie de la société aux souhaits, si légitimes soient-ils, de la majorité, ou de donner à chacun la possibilité de dessiner la société dans laquelle il souhaite vivre en tenant compte, bon gré mal gré, de l’intérêt général ? Plus que tout autre courant de pensée, la décroissance doit questionner sa démarche politique. Car la décroissance ne se décrète pas. Elle peut être encouragée, soutenue politiquement, mais, au nom de notre attachement à la liberté et à la démocratie, elle ne peut être imposée, pas même par la majorité. Finalement, la critique radicale de la croissance doit être porteuse, non pas d’une politique de transformation sociale, mais plutôt d’une politique de transformation par la société.

[1] Voir le site Internet du PPLD : http://www.partipourladecroissance.net
[2] Pour une argumentation détaillée, voir Baptiste MYLONDO, « Travailler moins, trois fois moins », dans Jean-Pierre GELARD (dir.), Travailler plus, travailler moins, travailler autrement, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2007.
[3] Paul ARIES, Le mésusage. Essai sur l’hypercapitalisme, Lyon, Parangon, 2007.

lundi 15 janvier 2007
http://www.decroissance.info/Revenu-maximum-autorise-ou-revenu

Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2009 à 02:47

Article publié le 24 mars 2006 par Dominique Plihon, Jean Gadrey et Pascal Boniface ayant fait l'objet d'une fiche du Conseil Scientifique et des Commissions Nationales d'ATTAC qui fut relayé dans le Manifeste altermondialiste.


Vers un éventail maximum des revenus (salariaux et du capital) de 1 à 5 en France et dans les pays européens
1/ Etat des lieux

La mondialisation néolibérale a pour effet d’accroître les écarts de salaires entre les salariés et les dirigeants d’entreprise. D’un côté, la mondialisation est organisée pour mettre en concurrence les travailleurs des pays du Sud et du Nord, ce qui a pour conséquence de tirer vers le bas les salaires dans les pays développés, tout en exploitant la main d’œuvre à bon marché des pays en développement. De l’autre côté, la mondialisation s’est traduite par une augmentation explosive des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises transnationales, alliés des détenteurs du capital financier mondialisé.

En France, les revenus « salariaux » des patrons superstars du CAC 40 étaient, en moyenne, de 2 à 3 millions d’euros par an ces dernières années, c’est-à-dire de 1.1 à 1.7 million de francs par mois, soit 540 fois le RMI et 240 fois le SMIC. Certains patrons dépassent largement ces montants, tels ceux d’Aventis (8.4 millions d’euros en 2003) et de l’Oréal (6.7 millions d’euros en 2003). Et ces revenus s’entendent hors stock-options, cela va de soi ... À de tels niveaux on hésite à parler encore de « salaires », tant il est clair qu’il s’agit d’une forme détournée d’accaparement des profits.

D’après les estimations de Thomas Piketty dans « Les hauts revenus en France au 20ème siècle », le revenu des 0.01 % les plus riches (3 225 foyers fiscaux) était de 224 RMI ou de 102 SMIC en 1998. Ces écarts ont nettement progressé depuis. Les écarts de revenus sont vraisemblablement aujourd’hui de l’ordre de 1 à 200 avant impôt, et de 1 à 120 après impôt. Sachant que le taux d‘imposition des 0.01 les plus riches, qui était de 60 % en 1980, a plongé, particulièrement sous les gouvernements de gauche de 1982 à 1987, pour atteindre 39% en 1998, d’après Piketty.

En se limitant aux seuls salaires, le salaire net annuel moyen (avant impôts) des 1 % les plus riches en 1998 était de 58 300 francs par mois, soit un peu plus de 10 fois le SMIC net de l’époque.

2/ Propositions

La proposition qui pourrait être faite est de fixer, dans un délai à prévoir, un éventail de revenus (salaires et revenus du patrimoine) avant impôt allant de 1 (pour le SMIC à temps plein) à 5 pour les plus hauts revenus, proposition assortie d’une exigence de maintien (au moins) de la progressivité actuelle de l’impôt sur le revenu.

Dans une perspective européenne, on pourrait élargir cette proposition en la couplant avec l’objectif d’un salaire minimum dans tous les pays d’Europe, calé sur le PIB par habitant.

Le mot d’ordre serait ainsi en France et dans chaque pays d’Europe : vers un écart maximum de 1 à 5 pour les revenus avant impôt (hors revenus des minimas sociaux, qui doivent faire l’objet de mesures spécifiques de réévaluation).

Il y a deux moyens de parvenir à cet objectif :

- le premier est de fixer par la loi un écart maximum entre les niveaux de revenus

- le second est d’utiliser la fiscalité : un taux d’imposition de 90 % sur tous les revenus supérieurs à 5 fois le SMIC à temps plein (actuellement 73.000 euros par an). En France, à peine plus de 1 % des ménages seraient concernés par une telle imposition.

Cette deuxième approche, fondée sur la fiscalité, pourrait être privilégiée pour plusieurs raisons énoncées ci-dessous. Elle devrait être complétée par d’autres mesures : nous proposons également de supprimer les stock options (ainsi que les autres rémunérations du type « golden parachute ») et de les remplacer par des rémunérations indexées, non sur le cours boursier de l’entreprise comme les stock options, mais sur l’application d’objectifs sociaux et environnementaux.


3/ Conséquences attendues

La réduction des inégalités de revenus par la voie fiscale aurait plusieurs avantages :

- Cette proposition est « réaliste » car de tels taux de 90 % ont existé au 20ème siècle dans de nombreux pays, dont la France, et même aux États-Unis où ce taux a été dépassé pendant plus de vingt ans, de 1942 à 1964 (même s’il s’appliquait à des revenus nettement supérieurs)

- Cette mesure est bonne pour les finances publiques et la défense des politiques publiques

- Cette mesure peut s’inscrire dans notre combat européen pour une politique fiscale harmonisée et pour un retour à une fiscalité progressive

- Cette mesure apparaît conforme avec les luttes et mots d’ordres antérieurs d’Attac qui s’appuient sur la fiscalité (taxe Tobin), combattent la concurrence fiscale, privilégient la lutte contre les inégalités et la défense des politiques publiques.

- La deuxième proposition (suppression des stock options, remplacés par d’autres formes de rémunérations indexées sur les résultats sociaux et écologiques des entreprises) réduirait la logique actionnariale des entreprises et de leurs dirigeants, et inciterait ces derniers à appliquer des objectifs conformes à l’intérêt général.

4/ Résistances et moyens de les surmonter

Notre proposition de limiter les écarts de salaires ne manquera de susciter de vives critiques. La forte progressivité de la fiscalité sera accusée d’entraîner la délocalisation des entreprises et l’émigration des dirigeants d’entreprises. Ce type d’épouvantail a déjà été agité à plusieurs reprises, par exemple à l’occasion de la mise en œuvre des 35 heures. Les cassandres se sont trompés : pour l’accueil des investissements étrangers, la France est restée au quatrième ou cinquième rang mondial. En réalité, si les investisseurs étrangers viennent en France, c’est en raison du bon niveau de l’éducation et de la qualité des infrastructures. Les politiques publiques sont donc plébiscitées par les investisseurs étrangers ! Et les études existantes montrent que la fiscalité ne joue qu’un rôle secondaire dans les décisions de délocalisation des entreprises transnationales.

Une campagne d’explication sera nécessaire pour démonter les arguments de nos adversaires. Mais celle-ci devrait être facilitée par l’exaspération des salariés, chômeurs, citoyens face à la montée des inégalités et à la grande impopularité des rémunérations exorbitantes des dirigeants et des détenteurs du capital financier auxquels les profits sont redistribués en priorité, au détriment de l’investissement et de l’emploi.

http://www.france.attac.org/spip.php?article6033

Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2009 à 01:06

Un autre monde est-il réellement possible ? Sans doute, mais comment ? Organisé selon quelles lignes de force principales ? Obéissant à quel principe de cohérence central ? C’est sur la réponse à ces questions que, de l’aveu même de ses animateurs, la mouvance altermondialiste, qui a acquis en quelques années une audience et une légitimité que peu d’observateurs prévoyaient, commence à achopper.


Un autre monde moins injuste est-il possible ? par Alain Caillé
Trop de réponses partielles, d’importance et de rang bien différents, parfois contradictoires, sont proposées et s’entrechoquent ou voisinent à l’occasion des multiples ateliers, rencontres et séminaires ; au risque qu’au plaisir de se retrouver « tous ensemble », à l’effervescence festive initiale, au sentiment de se trouver à l’aube et à l’origine d’un monde nouveau, ne se substitue peu à peu un sentiment de cacophonie et d’impuissance. C’est d’ailleurs sur ce trait que se sont focalisés les comptes rendus et les analyses du récent forum social de Saint-Denis. La dénonciation, ou la célébration, des « nouvelles radicalités » a fait place au constat de leur hétérogénéité et à la question lancinante : « Mais qu’est-ce qu’ils proposent, au bout du compte, ces altermondialistes ? ».

Pourtant, personne ne doute vraiment qu’un autre monde ne soit souhaitable, tant celui qui existe est menaçant. Selon sa sensibilité, sa trajectoire intellectuelle, religieuse ou idéologique propre, selon l’air du temps aussi, chacun s’inquiétera plutôt de la persistance de la faim dans le monde, des risques écologiques majeurs, de la raréfaction prochaine des sources énergétiques, du manque d’eau, de la pollution atmosphérique, de la réduction du nombre des espèces, de la recrudescence des maladies épidémiques, de la dévastation de l’Afrique par le SIDA, de l’explosion des inégalités dans le monde, de l’exacerbation des intégrismes, de la flambée des communautarismes, de la multiplication des conflits ethniques, culturels ou religieux plus ou moins génocidaires, du poids croissant de la corruption, des mafias et du crime organisé, etc. Mais la diversité même de ces menaces donne le tournis et contribue au sentiment d’impuissance générale. On ne peut pas être sur tous les fronts à la fois. Par où donc commencer ? À quoi s’attaquer en priorité ? Qui doit et qui peut faire quoi ?

Pour tenter de se frayer une voie à travers cet entrelacs de questions épineuses, il ne sera pas inutile d’observer tout d’abord que les menaces qui pèsent sur le monde sont de deux types assez différents. Les premières soulèvent la question de la « durabilité » physique et écologique de notre système économique, i.e. du capitalisme boursier mondialisé. Les secondes posent celle de savoir s’il n’engendre pas des inégalités et des injustices intrinsèquement incompatibles avec l’idéal démocratique. Remarquons que le second questionnement a une sorte de priorité logique sur le premier. Il ne peut exister en effet de débat sur la possibilité (ou l’impossibilité) d’un développement durable que dans le cadre d’une démocratie effective. Ne rêvons pas : les bonnes solutions techniques et écologiques ne naîtront pas comme par enchantement de la libre discussion. Cette dernière ne peut pas être la condition suffisante du développement durable. Mais elle en est la condition nécessaire. Il n’y aura donc pas de développement durable – pas plus que d’éventuelle « décroissance conviviale » – sans démocratie durable.

C’est donc sur la question de la démocratie qu’un mouvement altermondialiste soucieux de peser effectivement sur le cours du monde doit mettre l’accent au premier chef. Mais il existe de multiples manières de se référer à l’idéal démocratique, ouvertes chacune à de nombreuses interprétations. Supposons, par exemple, qu’on identifie la démocratie à l’obtention de droits. La question se pose alors aussitôt : lesquels ? Les droits de l’homme ? les droits sociaux ? les droits des minorités – religieuses, ethniques, sexuelles ? ceux des communautés, ceux des femmes, ceux des individus ? À nouveau, le tournis nous prend.

Nous voudrions suggérer ici que le combat prioritaire à mener aujourd’hui, celui qui pourrait rallier l’essentiel des suffrages de tous ceux qui se préoccupent du bien commun de l’humanité, passe par le couplage de la lutte contre la logique de la démesure – les puissances de l’illimitation libérées par l’explosion du capitalisme spéculatif – avec la lutte contre l’explosion des inégalités. On pourrait montrer, en effet, comment la quasi-totalité des problèmes qui se posent à nous aujourd’hui – des problèmes environnementaux aux problèmes bioéthiques en passant par les multiples conflits sociaux et politiques – renvoient systématiquement à la question des limites qu’il nous faut définir et imposer aux forces de la démesure, de l’hubris, si nous voulons que notre monde reste humain et vivable. Cette question de l’illimitation et des limites ne doit pas être posée en termes philosophiques trop abstraits. Ce qu’il nous faut comprendre, c’est que la démesure trouve à la fois sa source et son aboutissement dans une explosion sans précédent des inégalités. Tout le monde connaît les chiffres spectaculaires qui attestent de l’inégalité ahurissante qui règne entre les nations. Selon le rapport du PNUD (ONU), par exemple, les 1 % les plus riches du monde ont un revenu égal aux 57 % les plus pauvres. Ou encore : les trois personnes les plus riches du monde possèdent une fortune supérieure au PIB des 58 pays les plus pauvres.

Mais ces chiffres sont tellement impressionnants qu’à la limite, ils nous laissent incrédules et sans réaction. Plus parlantes sont en fait les analyses qui enregistrent la montée de l’inégalité au sein des pays riches. L’économiste Thomas Piketty montre comment nous avons retrouvé un monde d’inégalités comparable à celui d’avant 1914. Plus près de nous, l’économiste américain Paul Krugman rappelait il y a peu dans le New York Times qu’en 1970, les cent patrons américains les mieux payés gagnaient en moyenne 39 fois plus que leurs salariés de base. Le rapport est passé aujourd’hui à 1 000 pour 1. Autrement dit, le taux de cette inégalité-là a été multiplié par plus de 25 en une trentaine d’années. Voilà qui donne une mesure concrète du basculement du monde opéré en si peu de temps. Or, comme l’écrit à juste titre l’écrivain Norman Mailer, « personne […] n’a jamais professé qu’un authentique système démocratique permettait aux plus riches de gagner mille fois plus que les pauvres ».

Ces observations mènent directement à la formulation de deux propositions à la fois plausibles et universalisables, susceptibles de devenir conjointement la revendication première non seulement de tous ceux qui se disent altermondialistes, mais de tous les hommes et les femmes de bonne volonté, sincèrement attachés à faire vivre l’idéal démocratique.

Proposition 1 : Tout État doit assurer à chacun de ses ressortissants un niveau de ressources au moins égal à la moitié du salaire de base local (ou de son équivalent).
Proposition 2 : Aucun État ne doit tolérer qu’une personne obtienne des gains annuels régulièrement supérieurs à cent fois le salaire de base.

Ou encore, et pour faire court : aux tendances à l’illimitation qui menacent la planète, il faut d’abord répondre en instaurant simultanément un revenu minimum et un revenu maximum.

La mise en œuvre de telles mesures soulève nécessairement une infinité de problèmes techniques plus ou moins délicats. Aussi bien leur portée est-elle d’abord symbolique. Mais il convient d’observer qu’elles ne se heurtent à aucune impossibilité pratique véritable. Cent fois le salaire de base, par exemple, c’est encore près de trois fois le taux d’inégalité propre au capitalisme américain en 1970 qui n’était pas, que l’on sache, de type bolchevique ou socialiste. Le problème principal est en fait celui qui résulte de l’inégalité du monde. Ces mesures doivent-elles être adoptées sur une base nationale ou internationale ? Si l’on remarque qu’il n’y a aucun sens à définir un revenu minimum international qui serait la moyenne entre les revenus minimums congolais et américain par exemple, il en résulte aussitôt que c’est au niveau national (ou régional) qu’il faut raisonner. Avec l’énorme avantage qu’en faisant pression sur les États qui n’assurent pas ce minimum de ressources, l’opinion publique internationale pèserait ipso facto en faveur de leur démocratisation et de la protection des minorités. Mais, d’un autre côté, il est difficile d’interdire à des entrepreneurs africains, par exemple, de gagner plus que cent fois le revenu de base de leur pays, sachant que ce revenu resterait dérisoire au regard de ce que gagnent et gagneraient encore ses homologues des pays riches. Aussi bien – pour ce qui concerne l’instauration d’un revenu maximum – est-ce par les pays les plus riches qu’il faudra commencer. Quant à la création d’un revenu minimum dans les pays pauvres, le mieux sera de la coupler avec l’abolition de la dette qui pèse sur eux.

Qui poussera à l’adoption de telles mesures ? Ne risquent-elles pas de se révéler utopiques faute de combattants ? Tout dépend de leur pertinence symbolique. Si l’opinion publique mondiale se persuade que c’est bien là qu’est le combat premier à mener, il sera alors assez facile de boycotter les entreprises et de stigmatiser les États dont les dirigeants ne respecteraient pas la nouvelle norme. Les organismes internationaux, les grandes consciences et les petits actionnaires suivront…

Alain Caillé, économiste et sociologue, professeur des universités à Paris X-Nanterre, directeur de La Revue du MAUSS, est membre du conseil scientifique d’ATTAC.
http://www.revuedumauss.com.fr/Pages/ACTF.html

Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2009 à 00:58

Le cercle PEP et son fondateur Raymond Monedi propose l'établissement d'un salaire maximum.


Mieux que le SMIC, créons le SMAC
Le "SMIC", a été une des plus grande invention sociale de la fin du siècle dernier. D'abord "SMIG", le "Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti", il est devenu dans un grand élan de générosité des Dirigeants de l'époque, le "SMIC", afin de prendre en compte la Croissance économique. Sauf que si la croissance a largement profité aux Gens d'en-haut, ceux d'en-bas n'ont eu, comme d'habitude, que des miettes. Il est en effet notoire aujourd'hui, que plus les riches s'enrichissent, plus les pauvres eux, s'appauvrissent ! A croire que ce sont vraiment bien les nantis qui pompent de plus en plus, la 'substantifique moelle' des ressources vitales de tous les paumés de la terre.

Quand on parle des Riches, on pense aussitôt aux grands patrons, aux spéculateurs, aux affairistes, qui sont, injustice oblige, de plus en plus nombreux, et dont il faudra bien, un 'Grand Soir', s'occuper ! Mais, entre les voleurs de haute volée, les grands patrons d'ENRON, de l'OREAL, les J.M. MESSIER et autres TCHURUK, et les malheureux SMICARDS., on passe trop facilement sous silence d'autres revenus pharaoniques tout aussi inadmissibles. Une certaine discrétion entoure en effet les salaires ' tout compris ' d'une multitude de hauts dirigeants, publics ou privés, de patrons, de cadres supérieurs, de conseillers financiers et autres, de grand commerçants, etc…Tous ces Champions du travail qui oeuvrent certes pour la richesse de la France, mais qui bien souvent ont des rémunérations par trop exagérées et qui n'ont pas conscience que pour pouvoir leur payer des salaires aussi élevés, les Entreprises doivent obligatoirement serrer, beaucoup trop, les bas-salaires. Sacrée erreur ! Car si, comme on le dit, la consommation est le moteur de l'économie, ce n'est pas en réduisant le casse croûte des travailleurs, que l'on vendra davantage de pain et de beurre.

Une telle liberté dans notre grille des salaires qui permet tous les débordements argentifères, tous les excès les plus injustes et les abus les plus léonins, est une aberration impensable ! Même dans la Nature la liberté totale n'existe pas ! Il n'est quand même pas normal qu'aujourd'hui des milliers et des milliers d'individus, honnêtes ou malhonnêtes, Champions du boulot ou Champions du culot, ou de la magouille, aient des revenus qui atteignent les hauts sommets de l'Himalaya, alors que des millions d'autres ont des salaires qui n'arrivent même pas au niveau de la Mer Morte !

L'impérative création du " SMAC ". Pour peu que l'on y réfléchisse, c'est à coup sûr l'absence totale de réglementations en haut de l'échelle des rémunérations, qui est le grand défaut rédhibitoire du Capitalisme ! Ce Capitalisme, qui sans cette énorme faille dans le système, serait le meilleur régime qui soit ! Alors pourquoi, après avoir jugé nécessaire de créer le SMIC, pour fixer une limite inférieure aux salaires, pourquoi n'imposerions nous pas une limite supérieure, le SMAC, à notre grille ?:

Le " SMAC ", le " Salaire Maximum Autorisé aux Champions "

Bien sûr, on l'aura deviné, le plus difficile dans cette proposition sera de définir les échelons supérieurs de cette grille et surtout son niveau Maximum, que personne, même le Super Champion de tous les Business, n'aurait le droit de dépasser !

Alors, 20, 30, 50, 100 fois, ……le "SMIC " ?

Allez, faites travailler vos neurones et répondez-nous en masse, comme la dernière fois.
Exemple : Quelqu'un nous a même proposé d'adopter des Sigles plus proches de la réalité :
Le "SMID" pour le Salaire Minimum Interprofessionnel des Dominés, et
Le "SMAD" pour le Salaire Maximum Autorisé des Dominateurs

BULLETIN DE LIAISON P.E.P. N° 9 - Décembre 2002
http://www.cerclepep.com/cercle/action/bultin09/buletin9.html#QU%27EN

Tags : propositions
Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2009 à 00:03
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